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Le site de Romainmôtier du VIIe au Xe siècle

Une nouvelle vision de l'histoire du haut du Moyen Age. Au début du XXe siècle déjà, les historiens étaient conscients de l’absence de sources écrites qui mentionneraient explicitement l’existence de Romainmôtier en ces temps reculés.

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Et dans les études toutes récentes (dans Romainmôtier. Histoire de l’abbaye, publié sous la direction de Jean-Daniel Morerod, Lausanne, 2001, Bibliothèque historique vaudoise, 120), les auteurs continuent à accepter cette datation avec « une légère nuance d’hésitation », comme l’avait manifesté Marius Besson en 1904 déjà.

En effet, la première mention explicite connue de l’abbaye provient de la biographie du moine irlandais saint Colomban, rédigée en 642. Elle concerne la réforme iro-franque introduite à Romainmôtier à l’initiative de Chramnelène, seigneur bourguignon, dans la première moitié du VIIe siècle. Si les recherches archéologiques récentes ne permettent pas de préciser la date de fondation, au moins confirment-elles l’existence du monastère avant cette époque. A l’égard des origines et des deux premiers siècles de l’existence de notre abbaye, les résultats des investigations archéologiques correspondent à ceux des recherches en histoire : historiens et archéologues doivent continuer à accepter une fondation au coeur du Ve siècle sans véritable preuve et à combler l’absence de sources probantes par des représentations fondées sur des hypothèses.

Pour le développement ultérieur de l’établissement pendant le haut Moyen Age, les historiens ont cependant réussi à éclairer d’un point de vue critique plusieurs sources écrites jusqu’alors prises pour des jalons incontestés de l’histoire de la communauté. Ainsi, Jean-Daniel Morerod insiste sur l’influence d’événements plus tardifs qui ont conduit les moines à modifier le contenu de certains documents. Sont surtout concernés la «fausse» lettre du pape Clément II et le privilège «suspect» du pape Grégoire V, deux documents conservés seulement en qualité de copies dans le Cartulaire rédigé dans le deuxième tiers du XIe siècle. Selon ces textes, Romainmôtier aurait jouit de la protection du Saint-Siège depuis la visite du pape Etienne II en 753, qui y aurait consacré «des églises» et garanti son indépendance, sujet également dominant dans le « testament » d’Adélaïde, soeur du roi de Bourgogne Rodolphe 1er, et «propriétaire» du couvent dès 888. Selon cette source, elle aussi une copie du XIe siècle, Adélaïde légua Romainmôtier à l’abbé de Cluny en 928/29. Cette attribution n’est cependant confirmée qu’à la fin du Xe siècle. Dès lors, l’abbé de Cluny était abbé de Romainmôtier par lien personnel. Dans tous ces documents, l’indépendance de l’abbaye de Romainmôtier est soulignée avec insistance, même dans celui concernant la visite papale de 753 alors qu’elle n’était pas du tout contestée. En revanche, pendant la «cohabitation» avec Cluny, la situation était délicate, s’aggravant surtout autour de 1100, justement à l’époque d’origine des copies, quand toutes les abbayes affiliées à l’abbé de Cluny furent transformées en prieurés de l’Eglise clunisienne. C’est pourquoi le contenu des documents considérés ici est supposé avoir été modifié ou même falsifié à cause d’une situation intervenue bien plus tard. C’était à ce moment seulement que les moines avaient véritablement intérêt à insister sur l’indépendance de l’abbaye de Romainmôtier. Ces sources, qui constituaient jusqu’à présent les bases inconditionnelles de la datation de certains chantiers du haut Moyen Age, ne sont donc plus crédibles.

Ce sont surtout les chantiers entre les VIIe et Xe siècles dont les dates sont remises en question. Pour la deuxième église (C1), dont le plan était similaire à celui de la première église, mais en plus allongé, c’est dorénavant uniquement la typologie, connue par d’autres exemples, qui situe sa construction aux VIIe/VIIIe siècles. Une nouvelle église à sanctuaire quadrangulaire (C2), retrouvée lors des fouilles récentes et située sur le flanc sud de l’église évoquée ci-dessus, est datée de la même époque grâce aux mêmes critères. Au moment de la passation définitive de Romainmôtier à l’abbé de Cluny à la fin du Xe siècle, le centre conventuel présentait donc un plan bien connu dans d’autres monastères, mais fondés plus tard, au VIIIe siècle seulement (par exemple Müstair et Disentis aux Grisons) : les habitations conventuelles en équerre (C3 et C4) se dressaient à l’ouest de deux églises situées parallèlement, laissant libre une cour quadrangulaire (C5) qui, à Romainmôtier, ne disposait cependant pas de cloître.

Peter Eggenberger, archéologue et historien

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