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Le site de Romainmôtier, l’église clunisienne

Le doute concernant les sources écrites persiste pour la transmission de l’abbaye de Romainmôtier, au Xe siècle, à l’abbé de Cluny, monastère bénédictin fondé peu auparavant, en 909/10.

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Dans un premier temps, cette passation est attestée par le «testament» d’Adélaïde de 928/29 et par le privilège du pape Jean XI de 931 qui, à l’adresse de Cluny, mentionne la possession de Romainmôtier. Mais les relations entre les deux monastères semblent avoir été distantes et ce n’est qu’ultérieurement, entre 966 et 981/990, dans un édit de donation du roi bourguignon Conrad, petit-neveu d’Adélaïde, que Romainmôtier est cédé définitivement à l’abbé Mayeul de Cluny (954–994).

D’après le «testament» d’Adélaïde, aucun moine n’aurait plus résidé à Romainmôtier au moment de la rédaction de cet acte. Par ailleurs, un document de 966, selon toute apparence uniquement signé par des chanoines, semble confirmer la thèse que l’établissement fonctionnait dans une configuration de collège de chanoines. Mais si l’on considère que l’abbaye de Saint-Maurice, également sous contrôle de la famille royale de Bourgogne à cette époque, fut transformée au IXe siècle en un établissement de chanoines persistant jusqu’à nos jours, il convient plutôt d’y voir l’indice d’une réforme. Réforme qui, après la passation de Romainmôtier à l’abbé bénédictin de Cluny, fut abandonnée avec le rétablissement de la règle de saint Benoît.

Un témoin archéologique frappant de ce changement est la disposition du nouveau monastère roman qui, après la démolition progressive du site du haut Moyen Age, fut érigé en trois étapes, en commençant par la chapelle Sainte-Marie (D1). Cruciforme et coiffé d’une tourelle sur la croisée, cet édifice servait à la commémoration des défunts de la famille royale et à celle d’autres dignitaires ayant appartenu à la lignée des «fondateurs» du couvent. Prévue à l’origine pour rester isolée, cette chapelle fut, lors de la deuxième étape de construction, intégrée aux premiers édifices disposés de sorte à pouvoir fermer le futur cloître quadrangulaire, en suivant le modèle du «plan régulateur bénédictin». D’une part, le bâtiment conventuel oriental (D2), abritant les salles capitulaire et de travail et, à l’étage, le dortoir et les latrines, fut adossé au côté sud de la chapelle (à la place de l’actuelle «maison des Moines») ; d’autre part, la grande église romane (D3) fut élevée parallèlement à sa face nord. Le chantier de cette dernière fut probablement achevé à la fin du premier tiers du XIe siècle; l’église existe encore aujourd’hui, mais partiellement modifiée. Le nouvel édifice mesurant quelque quarante mètres possédait une nef à trois vaisseaux s’engageant dans un transept, tous corps de bâtiment voûtés en berceau et, dans la croisée, couronnés d’une coupole. Le côté oriental du transept était fermé par trois absides, la croisée, coiffée d’un clocher. Les autres édifices du site ne furent construits que plus tard. En effet, les bâtiments ouest et sud (D5 et D6), à deux niveaux, et finalement le cloître (D7), ne furent rajoutés que lors de la troisième étape, au tournant du XIe au XIIe siècle, après la construction, durant le dernier tiers du XIe siècle, de l’avant-nef comprenant, elle aussi, deux niveaux (D4) et surmontée de deux tourelles. Le bâtiment à l’ouest (D5) incorporait des locaux servant de porterie et de cellier, celui au sud (D6), le réfectoire, la cuisine et le seul local chauffé. Les portes des locaux de l’aile orientale s’ouvrant hors cloître à cause de la position de la chapelle Sainte-Marie, un corridor couvert (D8) fut adossé à la face ouest dudit bâtiment, permettant l’accès protégé.

Après un certain temps seulement, une chapelle avec abside, vraisemblablement destinée à l’inhumation de nobles donateurs (D9), mit un terme aux chantiers romans.

S’il est évident que le site conventuel fut achevé sous le règne de l’abbé Hugues, les contributions de ses prédécesseurs, soit Mayeul et/ou Odilon, se distinguent difficilement. Il est communément admis que ce fut Odilon qui donna l’impulsion la plus importante pour aboutir à la disposition finale. C’est lui qui fit ériger l’église et, probablement, le bâtiment oriental, les deux corps définissant la position du cloître au sud de l’église selon le «plan régulateur bénédictin».

Ainsi, les recherches archéologiques confirment l’empreinte de la réforme clunisienne qui effaça la disposition ancienne et démodée du monastère au bord du Nozon qui perdura jusqu’au Xe siècle et dont les bases avaient été jetées au début de la colonisation monastique, entre les Ve et VIIe siècles.

Peter Eggenberger, archéologue et historien

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