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Le site de Romainmôtier, du cloître roman à l’apogée gothique

Au Moyen Age tardif, les sources écrites sont plus nombreuses et l’analyse dendrochronologique portant sur les années d’abattage du bois utilisé pour la construction de bâtiments encore conservés, nous renseignent sur un certain nombre de chantiers concernant le prieuré de Romainmôtier. A cette époque, le monastère fut ravagé par deux graves incendies, une première fois peu avant 1282, et, une seconde fois, seulement quelque 13 ans plus tard, vers 1294/95.

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A l’occasion de l’un des deux sinistres – nous ignorons lequel –, tous les édifices du centre claustral furent entièrement détruits, l’autre incendie n’endommageant que l’église et ses bâtiments adjacents. Les chantiers de réparation qui suivirent ces catastrophes permirent de remodeler les édifices dans le style du nouvel art gothique. Toutefois, leur implantation romane, réglée selon le modèle bénédictin, respectivement clunisien, fut gardée mais on rendit plus confortables les cheminements entre les divers bâtiments et leurs locaux. Les chantiers gothiques effectués avant les incendies en témoignent déjà largement. Les salles capitulaire et de travail situées dans le bâtiment oriental furent profondément modifiées parce qu’elles ne pouvaient être atteintes directement par le cloître mais seulement à travers l’aile sud et le corridor qui les longeait. Le chapitre (E1) fut même déplacé sur le côté sud du chœur de l’église, dans un nouvel édifice remplaçant la chapelle funéraire romane, ce qui permit d’agrandir la salle de travail (E2). D’autres chantiers virent naître le porche (E3) devant l’avant-nef, l’imposant corps de logis du prieur (E4) à la périphérie sud-ouest du site et le début du mur d’enceinte garni de tours, qui ne sera cependant terminé que plus tard.

Seuls les corps de l’église, de l’avant-nef, du porche, ainsi que des fragments de maçonnerie conservés de la nouvelle salle capitulaire permettent de distinguer les dommages provoqués par chacun des deux incendies et les réparations respectives. Aussi saisit-on l’occasion à chaque fois de «moderniser» certains édifices. Après le sinistre qui eut lieu peu avant 1282, l’abside centrale de l’église, dont l’intérieur ne subit aucun dommage étant protégé par les voûtes, fut remplacée par un sanctuaire quadrangulaire qui a perduré (E5). Les deux tourelles de l’avant-nef, apparemment gravement touchées par le feu, furent démolies; le bâtiment du chapitre, en ruine, fut reconstruit à neuf et doté d’une voûte qui le protégera effectivement d’une complète dévastation lors du second sinistre de 1294/95. Après celui-ci, l’angle nord-ouest du clocher et le mur nord du haut de l’église, gravement endommagés et en péril d’écroulement, durent être remplacés par de nouvelles maçonneries. Le voûtement d’origine du vaisseau central de la nef, en berceau, fut remplacé par des voûtes sur croisée d’ogives. De plus, l’église reçut une nouvelle chapelle sud (E6) dédiée à saint Jean Baptiste, elle aussi quadrangulaire. La reconstruction du reste du site après l’un ou l’autre des incendies se déroula en deux étapes s’étendant chacune sur quelques décennies. Lors de la première, le corps de logis du prieur fut rétabli et agrandi de deux annexes (E7 et E8) et le système défensif réparé et complété. Pour rendre plus confortable le cheminement entre les divers édifices, les sols des trois bâtiments conventuels (E2, E9 et E10) et du cloître furent abaissés en amont afin de rapprocher le plus possible leurs niveaux et d’éviter les marches. Cependant, seule la galerie orientale du cloître, voûtée en pierre de molasse (E11), était terminée quand débuta la seconde étape qui intégrait un changement non seulement dans le nombre de travées mais aussi dans la qualité de la construction, dès lors en pierre calcaire, plus chère, car plus difficile à travailler.

Les travaux, qui durèrent quelque septante ans, conduisirent à un lourd endettement de la communauté. Les règnes successifs des trois «grands» prieurs issus de la noblesse savoyarde, Henri de Sévery (1371–1380), Jean de Seyssel (1382–1432) et Jean de Juys (1433–1448), changèrent la situation. Les fruits d’une gestion rigoureuse des biens du couvent, les donations de la noblesse et de riches bourgeois ainsi que l’engagement personnel des trois prieurs en question donnèrent au monastère une nouvelle impulsion qui permit de recourir à des aménagements luxueux reflétant le nouvel essor.

Ainsi, à partir de 1371, le logis du prieur et les autres bâtiments furent remaniés et/ou agrandis (E12) et le cloître complété des galeries encore manquantes (E13), tous travaux terminés entre 1410 et 1420. A ce moment seulement fut achevée la réparation des dommages causés par les incendies qui avaient entièrement dévasté le centre claustral quelque 130 à 140 ans auparavant. Vers 1445, la dernière modification de cette ère fructueuse, exécutée par le dernier des trois «grands» prieurs, Jean de Juys, fut le remplacement de l’abside nord, encore romane, par la chapelle Saint-Grégoire (E14), à chevet droit.

Après sa mort, le revenu du priorat de Romainmôtier fut donné pour rente, dès 1449, à l’antipape Félix V (Amédée de Savoie), démissionnaire. Dorénavant, la charge de prieur restait entre les mains de prélats issus de la Maison de Savoie ou proches de cette famille. Ces prieurs commendataires ne résidant plus sur place, le monastère fut administré par les moines eux-mêmes, sous la conduite interne d’un vice-prieur et selon un règlement de répartition des tâches. L’un des derniers chantiers qui toucha le site conventuel concerna l’agrandissement de l’habitat du prieur (E15) avant que les Bernois ne conquissent le Pays de Vaud en 1536 et, en introduisant la Réforme, ne reprissent le domaine du monastère sécularisé en 1537, après la mort du dernier prieur, Théodule de Riddes (1534–1537).

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